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« J’espère que la Tunisie restera à la pointe du monde arabe en matière de droits des femmes » – Interview – Femina Magazine (mars 2014)

Farah Hached: « J’espère que la Tunisie restera à la pointe du monde arabe en matière de droits des femmes ». Propos recueillis par Mouna Izdine (page Facebook de Femina Magazine)

English translation here

Interview Femina Magazine-mars 2014Comment voyez-vous l’évolution du statut de la femme tunisienne depuis la révolution?

Depuis la chute de la dictature, le statut de la femme en Tunisie a connu d’un point de vue juridique des évolutions a priori positives.  La nouvelle Constitution tunisienne consacre notamment deux avancées significatives:
1) la garantie de la représentativité des femmes dans les assemblées élues et
2) la protection, le renforcement et le développement des droits acquis de la femme.
Cependant, pourront-elles faire le poids face à d’autres dispositions, plus problématiques pour le droit des femmes?  Est-ce que les dispositions se référant à l’Islam comme religion d’Etat pourraient faire obstacle à l’évolution du droit des femmes, comme par exemple l’évolution vers le droit d’une tunisienne musulmane de se marier en Tunisie avec un non musulman ou le droit d’une non musulmane d’hériter de son mari décédé au même titre qu’une musulmane?

J’aurais souhaité des dispositions moins vagues. J’aurais souhaité que la Constitution affirme clairement que nul ne peut subir de discrimination en raison de son sexe afin de réduire le champ de l’interprétation, car celle-ci peut varier selon les modes du moment et l’état d’esprit de ceux qui interprètent les lois, c’est à dire les tribunaux.

L’émancipation des femmes est une condition importante du développement de la Tunisie. Après l’indépendance, la Tunisie a été à la pointe du monde arabe en matière des droits des femmes. J’espère qu’elle le restera dans l’avenir.

Peut-on dire que les Tunisiennes sont  » restées en veille », et c’est ce qui a permis de maintenir leurs acquis hérités de l’ère Bourguiba? 

Oui, je le pense. Déjà, à l’époque de Bourguiba, les femmes ont été très actives pour leur propre émancipation. De mon point de vue, les femmes tunisiennes ont favorisé et ont contribué à l’enracinement des règles de droit mises en place par Bourguiba. Elles n’ont jamais cessé de lutter pour leur développement.
Depuis 2011, les femmes sont restées vigilantes, de véritables sentinelles pour la préservation de leurs droits.
Je me dois ici de saluer également le soutien sans faille de nombreux hommes tunisiens, convaincus que le développement de notre pays passe par l’égalité des droits entre les hommes et les femmes.

D’après l’expérience tunisienne, pourrait-on affirmer que l’islamisme politique est compatible avec l’avancée des droits des femmes?

Tout dépend de comment on définit « l’islamisme politique ». « Islamisme politique » est une expression qui peut avoir plusieurs contenus et il existe plusieurs courants politiques se référant à l’islam.

Si un parti islamiste défend sincèrement la démocratie, avec ce qu’elle implique en termes de « civilité » de l’Etat et d’égalité entre les citoyens, alors il ne serait pas incompatible avec l’avancée des droits des femmes. Mais la défense de la démocratie, d’un Etat civil et de l’égalité des droits doit être sincère et non un simple discours cachant des objectifs liberticides pour les femmes et pour les citoyens en général.

La question de l’islam politique pose des questions concernant la notion de citoyenneté. Qu’est-ce qu’être citoyen en 2014? Si l’islam politique se donne pour but de créer des catégories différentes de citoyens, avec des droits fondamentalement différents, avec une forme de hiérarchie entre citoyens, fondée sur le sexe ou l’appartenance religieuse, alors il y a clairement un problème de compatibilité avec la notion d’Etat national et démocratique. Donc, tout dépend de la vision défendue par chaque courant se réclamant de l’islam politique.

Comment pourrait-on selon vous arriver à une meilleure parité dans les instances de pouvoir tunisiennes? 

Personnellement, je me qualifie de post-féministe, dans le sens où je considère l’égalité des droits et des devoirs entre les hommes et les femmes comme naturelle. Dans cette perspective, j’ai pendant longtemps été contre la parité imposée. La discrimination positive me semblait contraire à l’idée d’égalité. Les femmes ne devaient pas, selon moi, être représentées dans les instances de pouvoir sur la base de leur sexe. C’est du sexisme.

Cependant, dans des pays comme la Tunisie, le fossé entre les hommes et les femmes est important. L’émancipation des femmes, bien qu’elle ait commencée il y a de cela 60 ans, est encore à ses débuts. Le chemin à parcourir est encore long. De ce fait, pour le cas de la Tunisie et pour les pays arabes en général, je ne suis pas contre la mise en place d’une discrimination positive temporaire pour favoriser la représentativité des femmes dans les instances de pouvoir.

La Tunisie a fait ce choix pour les élections du 23 octobre 2011, ce qui a permis à plusieurs figures féminines de tous les bords politiques de sortir sur la scène médiatique et démontrer que les Tunisiennes peuvent, autant que les Tunisiens, défendre un projet politique.

Il y a de grandes chances que le système de la parité soit reconduit pour les prochaines élections. Je l’espère.

Rencontre avec le Premier Ministre italien, Matteo Renzi (04/03/2014)

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J’ai rencontré aujourd’hui, le 4 mars 2014, le Premier Ministre italien, Matteo Renzi, à Sidi Bousaïd.

Il m’a convié, ainsi que quatre autres représentantes de la société civile – Wafa Ben Haj Omar, Lina Ben Mhenni, Emna Mnif et Amira Yahyaoui – à une discussion autour d’un thé au Café des Nattes, lors de sa visite en Tunisie (qui constitue son premier voyage à l’étranger après son investiture).

Lors de cette rencontre, chacune d’entre nous a pu exprimer, dans un temps assez court, ses préoccupations en tant que Tunisienne, notamment en ce qui concerne les relations entre la rive nord et la rive sud de la Méditerranée. 

Pour ma part, j’ai insisté sur l’idée que les préoccupations sécuritaires de l’Europe ne doivent pas sacrifier l’élan démocratique en Tunisie. 

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Pendant longtemps, beaucoup de pays européens ont accepté un
certain deal: on tolère, voire on encourage les dictatures dans le Maghreb, pourvu qu’elles règlent les problèmes sécuritaires et à n’importe quel prix.

Beaucoup d’innocents ont été torturés dans des geôles sous prétextes de terrorisme et ont subi de graves exactions.

La menace terroriste existe mais la réponse à cette menace doit se faire dans le cadre d’une démocratie qui respecte la liberté et la justice. L’Italie et l’Europe en général se doivent de soutenir la Tunisie et encourager la mise en place de ce cadre démocratique, qui sera le vrai rempart contre le terrorisme.

De l’usage du terme « terroriste »

A Jendouba, des terroristes (selon les médias) ont monté un barrage routier, déguisés en agents des forces de sécurité, et ont tiré sur la vraie patrouille.

La seule question pertinente pour moi est: pourquoi?
C’est quoi la définition d’un terroriste? Un terroriste est un individu qui défend une cause idéologique et use de terreur, notamment sur des civils, pour la défendre.

Qui nous dit que le groupe d’individus de Jendouba est composé de « terroristes »? Pourquoi ont-ils monté ce barrage pour tuer les agents des forces de sécurité? Pour défendre quelle cause?

Personnellement, je n’en sais rien et je n’ai trouvé la réponse dans aucun média qui a parlé de l’affaire en usant du terme terroriste.

A force de mélanger les genres et d’accepter des confusions entre les notions de « terroriste » et de criminel, sans chercher à comprendre les causes et les effets des événements, on laissera installer toutes les conditions propices à l’installation du terrorisme et au retour d’un régime autoritaire.

Pourquoi? Pour 2 raisons:
– Ces confusions donnent des outils aux extrémistes. Ils leur permettent de rejeter en bloc l’accusation de terrorisme et même de le légitimer (comme ce qui s’est passé dans l’émission de sami el wafi).
– Ces confusions donnent des outils aux régimes autoritaires. Ils permettent de mettre n’importe qui dans la catégorie « terroriste » et de le traiter comme tel (comme à l’époque de Ben Ali).

On ne peut nier qu’il existe du terrorisme en Tunisie. On n’a pas le droit de légitimer le terrorisme en Tunisie.

Cependant, on n’a pas non plus le droit d’accepter les flous artistiques concernant la notion de terrorisme. Le cadre juridique doit être clair et les médias ne doivent pas user de ce mot à tort et à travers alors qu’il n’y a encore eu ni enquête ni jugement (au minimum, il faut ajouter « présumé » et « selon les forces de sécurité »!).

Bon dimanche.

MISE A JOUR: Je précise que je ne suis pas entrain de nier que les membres de la fausse patrouille de Jendouba sont des terroristes. Ils le sont probablement. Cependant, ce matin, lorsque les médias ont parlé de terroristes, ils n’avaient pas encore beaucoup de détails.

Je dis seulement que l’usage de ce terme par les médias est délicat. Il doit être utilisé avec des précautions linguistiques, que ce soit dans le cas de Jendouba ou dans d’autres cas pour l’avenir.

Il est important de noter que les lois sur le terrorisme donnent beaucoup de flexibilité aux forces de l’ordre en matière de droits et libertés. Lorsqu’une personne est labélisée « terroriste », elle peut avoir moins de droits et libertés. Cette problématique s’est posée aux USA . L’Etat a exagéré et a mis dans la catégorie « terroriste » des gens qui ne l’étaient pas toujours. Cela a été dénoncé avec vigueur.

Ne tombons pas dans les mêmes travers. Ne pas accepter le terrorisme, être triste pour les victimes du terrorisme ne doit pas nous empêcher d’être vigilants. Le terrorisme ne doit pas nous empêcher de construire notre démocratie.

Le respect de certaines précautions linguistiques (comme par exemple de dire « présumé » avant l’usage de « terroriste »), le respect de certaines procédures (comme par exemple une enquête interne à chaque fois que des personnes sont tuées par les forces de l’ordre), le respect des lois sont nécessaires si nous voulons construire notre démocratie. Ces règles sont faites pour nous protéger tous, y compris les forces de l’ordre.

Le ratissage du Cap Bon: Rapport de Materi et Ben Salem

A partir du 22 janvier 1952, et ce pendant plusieurs jours, l’autorité coloniale en Tunisie va commettre des exactions, dont des viols et des meurtres, dans la région du Cap Bon. Le nombre de morts est estimé à environ 200 personnes.

Les docteurs Mahmoud El Materi et Mohamed Ben Salem, respectivement ministre d’Etat et ministre de la Santé dans le gouvernement Chenik, s’étaient rendu sur place pour récolter les témoignages des victimes et avaient écrit un rapport officiel. 

Lire le rapport complet