Archives pour la catégorie Pensées en passant

Présidentielles 2014: du « candidat surprise » aux « candidats surprises »

Je compatis avec ceux qui ont laissé le dépôt de leur candidature pour la dernière minute pensant jouer la carte du « candidat surprise ». Ils ont du se sentir très mal lorsqu’ils se sont rendus compte que 50 autres « candidats surprises » ont opté pour la même stratégie.

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L’Internet et les réseaux sociaux: un miroir au reflet déformé?

Avec l’Internet et les réseaux sociaux, on juge la personnalité des gens essentiellement à travers leurs écrits. Cela dépend bien évidemment du style mais, souvent, l’écrit est froid et tranchant.

On peut retrouver une personne dans ses écrits mais il manquera toujours quelque chose, cette chose subtile qu’est la vraie aura de cette personne, la sincérité qu’elle dégage, la passion qu’on peut voir dans ses yeux.
… Sauf peut-être pour les poètes.

La personne devient ce que nous pensons qu’elle est à travers ce que nous lisons d’elle. Elle peut parfois devenir le miroir dans lequel se projettent nos propres peurs et attentes.

Sur Internet, nous devenons un personnage, en partie construit à travers le regard que les autres ont sur nos écrits…

« Nous ne sommes pas prêts…? »

« Nous ne sommes pas prêts… » On entend souvent cette expression ces derniers temps en Tunisie. Je souhaite juste préciser que cette expression était l’expression préférée du colonisateur à l’époque du Protectorat: « Vous n’êtes pas prêts à … » … à avoir une Constitution, la démocratie, la liberté … et surtout l’égalité, car vous êtes des bougnoules et par conséquent, nous, êtres civilisés, devons vous protéger à travers une structure appelé « Protectorat ». 

Puis, nos gouvernants ont repris cette même expression alibi après l’Indépendance. Pourtant, ils avaient mis toute leur énergie à se battre contre cette idée à l’époque de la colonisation.  Selon nos gouvernants, nous n’étions pas prêts car nous devions d’abord nous développer économiquement. Puis, après le développement économique, c’est la lutte contre le terrorisme qui est devenue à la mode. Nous n’étions pas prêts pour la liberté et la démocratie tant que notre sécurité ne serait pas assurée. La psychologie collective des nations est finalement bien similaire par certains aspects à la psychologie collective au sein de groupes restreints (notamment les familles). Nos gouvernants étaient comme le fils qui se révolte contre un père (parfois adoptif, parfois naturel) castrateur et violent mais qui va reproduire les mêmes comportements avec son propre fils, parfois même en pire… … et de pères en fils, nous avons abouti à quelque chose d’encore plus vicieux. 

On ne nous disait plus que nous n’étions pas prêts à x ou y. Non, on nous disait qu’on vivait dans le meilleur des mondes qui soit, un monde démocratique, où la liberté règne en maître, et surtout gare à celui qui penserait ou dirait le contraire. Celui-là, après un petit passage par les caves du ministère de l’Intérieur ou autre lieu glauque, sera convaincu qu’il est un citoyen libre vivant dans une belle démocratie. 

Aujourd’hui, après la chute de la dictature, on revient à cette expression que nous avions un peu oubliée: « Nous ne sommes pas prêts »… 

Alors, si nous ne sommes pas prêts à gérer nos vies et nos ressources, à quoi sommes nous prêts? A être des esclaves? Le chemin est peut-être encore long. Nous sommes peut-être encore bien loin des idéaux que nous imaginons pour nous-mêmes. Mais, nous sommes plus que prêts à être des êtres libres car la liberté est un droit naturel.

Une leçon de Risk

Massacre de Katyn: Au printemps 1940, 20.000 soldats et intellectuels polonais furent exécutés sur l’ordre de Staline.

Ces massacres sont des massacres parmi d’autres. Des centaines de milliers de personnes furent assassinées par les régimes dictatoriaux successifs en Pologne, souvent mis en place suite à des invasions.

Bien qu’on doive toujours garder à l’esprit qu’il y a bien eu une dictature en Tunisie et qu’elle a utilisé des procédés féroces et barbares, notre voyage en Pologne (du 6 au 13 avril,  organisé par Solidarity Fund PL et le Labo’ Démocratique) nous a permis de relativiser.

La Pologne a du connaître plus de morts en un siècle que la Tunisie en un millénaire.

Pourquoi? Est-ce une question de géographie? Peut-être.

RiskJe ne peux m’empêcher de me rappeler le jeu de société « RISK ». C’est un jeu de géostratégie où chacun doit conquérir le monde en détruisant l’armée de ses voisins. J’ai souvent joué à ce jeu quand j’étais jeune. Malgré une grande part de hasard dans le déroulement de la partie (utilisation de dés), il y avait deux constantes:

– Beaucoup de choses dépendait des territoires dont on héritait au début de la partie.

– Certains territoires étaient toujours le théâtre de confrontations longues et sanglantes. Le Moyen-Orient et la frontière entre l’Europe et l’Asie faisaient partie de ces territoires « maudits ».

De l’usage du terme « terroriste »

A Jendouba, des terroristes (selon les médias) ont monté un barrage routier, déguisés en agents des forces de sécurité, et ont tiré sur la vraie patrouille.

La seule question pertinente pour moi est: pourquoi?
C’est quoi la définition d’un terroriste? Un terroriste est un individu qui défend une cause idéologique et use de terreur, notamment sur des civils, pour la défendre.

Qui nous dit que le groupe d’individus de Jendouba est composé de « terroristes »? Pourquoi ont-ils monté ce barrage pour tuer les agents des forces de sécurité? Pour défendre quelle cause?

Personnellement, je n’en sais rien et je n’ai trouvé la réponse dans aucun média qui a parlé de l’affaire en usant du terme terroriste.

A force de mélanger les genres et d’accepter des confusions entre les notions de « terroriste » et de criminel, sans chercher à comprendre les causes et les effets des événements, on laissera installer toutes les conditions propices à l’installation du terrorisme et au retour d’un régime autoritaire.

Pourquoi? Pour 2 raisons:
– Ces confusions donnent des outils aux extrémistes. Ils leur permettent de rejeter en bloc l’accusation de terrorisme et même de le légitimer (comme ce qui s’est passé dans l’émission de sami el wafi).
– Ces confusions donnent des outils aux régimes autoritaires. Ils permettent de mettre n’importe qui dans la catégorie « terroriste » et de le traiter comme tel (comme à l’époque de Ben Ali).

On ne peut nier qu’il existe du terrorisme en Tunisie. On n’a pas le droit de légitimer le terrorisme en Tunisie.

Cependant, on n’a pas non plus le droit d’accepter les flous artistiques concernant la notion de terrorisme. Le cadre juridique doit être clair et les médias ne doivent pas user de ce mot à tort et à travers alors qu’il n’y a encore eu ni enquête ni jugement (au minimum, il faut ajouter « présumé » et « selon les forces de sécurité »!).

Bon dimanche.

MISE A JOUR: Je précise que je ne suis pas entrain de nier que les membres de la fausse patrouille de Jendouba sont des terroristes. Ils le sont probablement. Cependant, ce matin, lorsque les médias ont parlé de terroristes, ils n’avaient pas encore beaucoup de détails.

Je dis seulement que l’usage de ce terme par les médias est délicat. Il doit être utilisé avec des précautions linguistiques, que ce soit dans le cas de Jendouba ou dans d’autres cas pour l’avenir.

Il est important de noter que les lois sur le terrorisme donnent beaucoup de flexibilité aux forces de l’ordre en matière de droits et libertés. Lorsqu’une personne est labélisée « terroriste », elle peut avoir moins de droits et libertés. Cette problématique s’est posée aux USA . L’Etat a exagéré et a mis dans la catégorie « terroriste » des gens qui ne l’étaient pas toujours. Cela a été dénoncé avec vigueur.

Ne tombons pas dans les mêmes travers. Ne pas accepter le terrorisme, être triste pour les victimes du terrorisme ne doit pas nous empêcher d’être vigilants. Le terrorisme ne doit pas nous empêcher de construire notre démocratie.

Le respect de certaines précautions linguistiques (comme par exemple de dire « présumé » avant l’usage de « terroriste »), le respect de certaines procédures (comme par exemple une enquête interne à chaque fois que des personnes sont tuées par les forces de l’ordre), le respect des lois sont nécessaires si nous voulons construire notre démocratie. Ces règles sont faites pour nous protéger tous, y compris les forces de l’ordre.