De l’usage du terme « terroriste »

A Jendouba, des terroristes (selon les médias) ont monté un barrage routier, déguisés en agents des forces de sécurité, et ont tiré sur la vraie patrouille.

La seule question pertinente pour moi est: pourquoi?
C’est quoi la définition d’un terroriste? Un terroriste est un individu qui défend une cause idéologique et use de terreur, notamment sur des civils, pour la défendre.

Qui nous dit que le groupe d’individus de Jendouba est composé de « terroristes »? Pourquoi ont-ils monté ce barrage pour tuer les agents des forces de sécurité? Pour défendre quelle cause?

Personnellement, je n’en sais rien et je n’ai trouvé la réponse dans aucun média qui a parlé de l’affaire en usant du terme terroriste.

A force de mélanger les genres et d’accepter des confusions entre les notions de « terroriste » et de criminel, sans chercher à comprendre les causes et les effets des événements, on laissera installer toutes les conditions propices à l’installation du terrorisme et au retour d’un régime autoritaire.

Pourquoi? Pour 2 raisons:
– Ces confusions donnent des outils aux extrémistes. Ils leur permettent de rejeter en bloc l’accusation de terrorisme et même de le légitimer (comme ce qui s’est passé dans l’émission de sami el wafi).
– Ces confusions donnent des outils aux régimes autoritaires. Ils permettent de mettre n’importe qui dans la catégorie « terroriste » et de le traiter comme tel (comme à l’époque de Ben Ali).

On ne peut nier qu’il existe du terrorisme en Tunisie. On n’a pas le droit de légitimer le terrorisme en Tunisie.

Cependant, on n’a pas non plus le droit d’accepter les flous artistiques concernant la notion de terrorisme. Le cadre juridique doit être clair et les médias ne doivent pas user de ce mot à tort et à travers alors qu’il n’y a encore eu ni enquête ni jugement (au minimum, il faut ajouter « présumé » et « selon les forces de sécurité »!).

Bon dimanche.

MISE A JOUR: Je précise que je ne suis pas entrain de nier que les membres de la fausse patrouille de Jendouba sont des terroristes. Ils le sont probablement. Cependant, ce matin, lorsque les médias ont parlé de terroristes, ils n’avaient pas encore beaucoup de détails.

Je dis seulement que l’usage de ce terme par les médias est délicat. Il doit être utilisé avec des précautions linguistiques, que ce soit dans le cas de Jendouba ou dans d’autres cas pour l’avenir.

Il est important de noter que les lois sur le terrorisme donnent beaucoup de flexibilité aux forces de l’ordre en matière de droits et libertés. Lorsqu’une personne est labélisée « terroriste », elle peut avoir moins de droits et libertés. Cette problématique s’est posée aux USA . L’Etat a exagéré et a mis dans la catégorie « terroriste » des gens qui ne l’étaient pas toujours. Cela a été dénoncé avec vigueur.

Ne tombons pas dans les mêmes travers. Ne pas accepter le terrorisme, être triste pour les victimes du terrorisme ne doit pas nous empêcher d’être vigilants. Le terrorisme ne doit pas nous empêcher de construire notre démocratie.

Le respect de certaines précautions linguistiques (comme par exemple de dire « présumé » avant l’usage de « terroriste »), le respect de certaines procédures (comme par exemple une enquête interne à chaque fois que des personnes sont tuées par les forces de l’ordre), le respect des lois sont nécessaires si nous voulons construire notre démocratie. Ces règles sont faites pour nous protéger tous, y compris les forces de l’ordre.

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