Qu’est-ce qu’un tyran?

« De la nature innée des hommes se trouve le penchant vers la tyrannie et l’oppression mutuelle »Ibn Khaldun, Al-Muqadima


Etymologie: du grec turannos (maître, dominateur)


Selon Aristote, le tyran a trois caractéristiques:

1) il cherche son propre profit et non celui de ses sujets ;
2) il gouverne contre la volonté des ses sujets ;
3) il viole les lois et la justice.

Pour Aristote, la tyrannie peut être le fait d’un seul ou de plusieurs.

Dans La RépubliquePlaton analyse comment le gouvernement se dégrade en tyrannie:

1) Monarchie/Aristocratie > Timocratie
Progressivement, le gouvernement des meilleurs se transforme en gouvernement des ambitieux: les honneurs prennent le pas sur la vertu

2) Timocratie > Oligarchie
Puis le critère pour appartenir à la classe dirigeante devient un seuil de fortune, ce qui entraîne la division de la société en riches et pauvres

3) Oligarchie > Démocratie
A la faveur d’une guerre ou d’une révolution, les pauvres s’emparent du pouvoir pour instaurer plus de liberté et d’égalité: mais progressivement sont portés au pouvoir les flatteurs des désirs populaires

4) Démocratie > Anarchie
Le désir de liberté des gouvernés et l’incompétence des gouvernants précipitent la démocratie dans l’anarchie

5) Anarchie > Tyrannie
Lassé de l’anarchie, le peuple fait appel à un homme providentiel, qui se transforme en tyran. Seuls compte les passions du tyran

Comme beaucoup de penseurs de son époque, Platon avait une préférence pour l’aristocratie, qu’il voyait comme le gouvernement des sages.

A l’époque moderne, la notion de tyran s’est confondue avec celle de despote, alors que chez les anciens ces deux termes n’étaient pas synonymes. C’est la soumission aux droits naturels des hommes qui les distinguait: le despote domine ses sujets mais respecte leurs droits contrairement au tyran qui use par contre de démagogie et de populisme pour séduire la population.

En 1690, John Locke développe la théorie de la résistance à la tyrannie: « Là où le droit finit, la tyrannie commence, dès que la loi est enfreinte au préjudice de quelqu’un. Toute personne investie d’une autorité qui excède le pouvoir que la loi lui donne et qui se sert de la force soumise à son commandement pour accomplir, aux dépens des sujets, des actes illégaux, cesse par là même d’être un magistrat et, comme elle agit sans pouvoir, on a le droit de lui résister, comme à n’importe quel homme qui porte atteinte aux droits d’un autre par la force », Deuxième traité du gouvernement civil 

Alexis de Toqueville, dans De la démocratie en Amérique (1835), présente une autre sorte de tyrannie: la tyrannie de la majorité, qui serait une déviance possible des démocraties.

« Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité ? (…) le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. » (Tome I, Deuxième partie, Chapitre VII)

Selon le préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par les Nations Unies« il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression. »

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