Aucune révolution n’est purement populaire et spontanée

Depuis le 14 janvier 2011, on entend des rumeurs selon lesquels la révolution tunisienne aurait été téléguidée par une main étrangère ou plusieurs mains étrangères. D’autres rumeurs affirment qu’il s’agit d’une révolution de palais, ou de la prise de pouvoir d’une certaine catégorie sociale, ou encore d’un coup d’Etat intérieur… Les rumeurs foisonnent depuis le 14 janvier 2011 car le départ de Ben Ali reste une zone d’ombre. Il n’y a toujours pas d’histoire officielle, documentée.

Mais, est-ce que le label « révolution » ne peut être accordé que si la révolution est purement populaire et spontanée?

Qu’en est-il des autres révolutions de par le monde? Plus généralement, qu’est-ce qu’une révolution?

Prenons la révolution française. Lorsqu’on pense révolution française, on pense directement à la prise de la Bastille et à la Marseillaise. Pourtant, les historiens s’accordent à dire que la révolution française était beaucoup plus compliquée que ce qu’on croit.

La révolution française est en réalité née d’un conflit entre deux classes sociales nanties: l’aristocratie et la bourgeoisie. Le roi de France, Louis XVI , sous l’influence de ses ministres d’origine bourgeoise, avait souhaité supprimer certains privilèges fiscaux aux aristocrates.

Beaucoup d’aristocrates officiaient alors comme juges et étaient en contact direct avec une population qu’ils se sont évertués à influencer pour la retourner contre le roi. Ils ont réfléchi à court terme. Parallèlement, la bourgeoisie souhaitait un renversement radical de la situation économique et finançait des textes contre le système d’alors, et l’influence des idées des Lumières se propageaient notamment à travers les loges maçonniques.

Pour simplifier: c’est la bourgeoisie qui produisait mais elle n’avait aucun avantage; les aristocrates étaient rentiers et avaient tous les avantages.

Le roi a été balayé et les aristocrates avec lui. Bien plus, la France a connu alors le régime dit de la Terreur, où plusieurs dizaines de milliers de personnes furent massacrées dans une sorte d’enchaînement de violence, où même des instigateurs de la révolution, tels Robespierre ou Danton, furent eux-mêmes guillotinés. 

Question: est-ce que cette lecture complexe de la révolution lui enlève nécessairement son label « révolution »? Bien entendu non, car une révolution se définit par des réalisations concrètes, par un changement fondamental dans l’ordre établi et non pas ses causes.

Les origines d’une révolution sont toujours complexes et incluent des paramètres sociaux, économiques, institutionnels, géopolitiques… etc. Par contre, le but (idéal) d’une révolution est beaucoup plus simple: un changement de système socio-politique.

Est-ce que ce but préexiste à la révolution ou est-ce qu’il se construit en cours de route? Peut-être les deux à la fois:

1) Le but de la révolution – à savoir un changement radical de système socio-politique – préexiste à la révolution. Ces désirs de changements se trouvent dans toutes les sociétés de façon permanente et diffuse. Ils se cristallisent au moment des crises.

2) Le but de la révolution se construit également en cours de route, après le déclenchement des mouvements qui portent en eux la graine révolutionnaire. Peu à peu, se construiront des idéaux plus précis et des objectifs plus précis, parallèlement à la canalisation des mouvements par des groupes leaders, jusqu’à l’invention du mythe révolutionnaire unique avec son langage et sa symbolique spécifique.

Pour revenir à la révolution tunisienne: est-elle une révolution?

Quelles que soient les origines des événements ayant mené à la chute de la dictature le 14 janvier 2011, ce n’est pas ces origines (sûrement multiples et complexes) qui accordent ou non le label révolution à la révolution tunisienne.

La révolution tunisienne est une révolution si le peuple de Tunisie le souhaite. C’est lui qui construit sa révolution. Elle est un processus et non pas une date. Elle se construit par des idées et des réalisations concrètes en vue de changer un système socio-politique qui nuit à une très grande majorité de la population.

La révolution tunisienne a commencé mais elle n’a pas encore aboutit, Elle a commencé dans le sang en vue de mettre un terme à un système socio-politique corrompu. Le chemin est encore long.

Farah Hached

Tunis, le 14 janvier 2014

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