L’identité forcée

Le nouvel article 38 de la future Constitution tunisienne dispose:

L’Etat veille à ancrer l’identité arabo-musulmane et la langue arabe, la promouvoir, et généraliser son utilisation aux jeunes générations.

Cet article pense réintégrer un passé et une identité qui aurait été confisqués par la force, d’abord avec la colonisation puis sous les régimes autoritaires. Je parle ici de la première partie de cet article: « l’Etat veille à ancrer l’identité arabo-musulmane » et non de sa deuxième partie sur la promotion de notre langue qui, au contraire, me semble importante (ceci fera l’objet d’un autre post).

Il est vrai que l’autoritarisme a imposé un « modernisme » forcé. (je mets « modernisme » entre guillemet car, jusqu’à maintenant, la définition de ce terme reste floue). Mais est-ce que cet autoritarisme a confisqué notre identité? Est-ce qu’une identité peut être confisquée?

Imaginons même que notre identité ait été confisquée. Dans ce cas, le  meilleur remède n’aurait-il pas été de garantir la véritable liberté pour que nous puissions exprimer notre identité de nouveau, librement?

L’approche exclusive et identitaire est erronée. La composante arabo-musulmane fait partie intégrante de la Tunisie mais notre identité a-t-elle besoin de cet article 38 pour exister?

L’identité d’une nation est le reflet de la société qui la compose. De l’encre sur un papier ne peut ni créer une identité, ni l’effacer.

Cet article 38 est un article défensif qui suggère que l’identité arabo-musulmane n’est pas assez ancrée en Tunisie. En adoptant cette approche, les tenants de l’article 38 suggèrent par conséquent que l’identité arabo-musulamane n’est pas tunisienne mais extérieure à la Tunisie (puisqu’il faut l’ancrer), justifiant ainsi les discours anti-arabismes de certains Tunisiens.

Si les Constituants avaient tout simplement protégé la démocratie et la libre expression de la société, cela aurait suffit à l’expression de notre identité car celle-ci est nécessairement un reflet de la société elle-même. elle ne peut être imposée par le haut.

Cet article 38 est une erreur car il porte en lui ce que la révolution tunisienne aurait voulu balayer: l’autoritarisme.

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Une réflexion sur “ L’identité forcée ”

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