projet police politique (I)

J’ai initié le projet police politique au sein du Labo’ Démocratique.

Ce projet est parti d’un constat: les pays en transition démocratique qui n’ont pas transformé leur police politique en véritable police républicaine ont vu leur rêve de transformation avorté après une période de 2 à 3 ans.

Nous ne pouvions pas accepter ce destin là pour la Tunisie.  Il revenait à nous, citoyens, de faire bouger les choses.

Le projet police politique a commencé au printemps 2011, juste après la chute du régime de Ben Ali en Tunisie. Il s’agissait de convaincre des bénévoles de s’investir et des bailleurs de fonds de soutenir un projet en plusieurs volets:

  • Créer le débat autour de la question de la police politique, de ses archives et plus globalement des méthodes des services de renseignements et leur contrôle par le citoyen
  • Faire des recherches et analyses sur la Tunisie et les expériences étrangères ainsi que les bonnes pratiques
  • Proposer des axes de réformes pour la Tunisie
  • Internationaliser le projet en créant une plateforme web avec les législations des Etats relatives au contrôle des services de renseignements et à l’accès à l’information par le citoyen.

Pendant tout le printemps 2011, j’ai essayé de convaincre des bénévoles et des bailleurs de fonds. Çà n’a pas été facile.

Au niveau des personnes, la peur de la police politique était encore présente. Pour d’autres, ce n’était pas une question prioritaire. Il fallait selon eux se focaliser sur les élections.

Moi aussi j’avais peur au début. Il faut être conscient que 23 ans de dictature transforme les perceptions qui deviennent nécessairement paranoïaques. En rentrant du travail, tard le soir, je me faisais du souci. Heureusement, tout cela était uniquement dans la tête et j’ai pu avancer sur le projet sans aucun problème. La révolution tunisienne avait bien eu lieu et la police politique (qui avait pour habitude de suivre les plus petits détails) avait bien d’autres soucis que de s’occuper d’un groupe associatif.

Au niveau des bailleurs de fonds, ça n’a pas non plus été facile. Ils préféraient donner de l’argent aux initiatives relatives au processus électoral (formation des observateurs…) et parfois considéraient notre thème comme trop sensible politiquement (pouvant être perçu comme de l’ingérence par l’Etat tunisien).

De notre côté, vu justement la sensibilité du thème, nous ne souhaitions pas recevoir de l’argent de n’importe quelle organisation. Il fallait qu’elle soit le plus neutre possible.

Petit à petit, un petit groupe de 5 personnes bénévoles s’est constitué autour du projet et au début de l’été 2011, grâce à Haykal Ben Mahfoudh, nous avons pu obtenir, pour le premier volet du projet, l’appui financier du DCAF, une organisation intergouvernementale spécialisée dans la question du contrôle des forces armées, et dont la Tunisie est devenue membre après le 14 janvier 2011.

Il s’agissait d’organiser un événement sur deux jours, qui comprenne à la fois des conférences sur des problématiques pointues et des aspects culturels (exposition artistique, film), le tout sous le thème « Les archives de la police politique: un défi pour la transition démocratique? ». D’ailleurs, en mai 2011, j’avais publié un article sous le même titre dans le journal La Presse de Tunisie.

Au départ, nous sommes partis avec l’idée de projeter La vie des autres, un magnifique film allemand sur la Stasi. Cependant, en visionnant le film pour la deuxième fois, je me suis dit qu’il était très difficile pour un citoyen tunisien de s’y projeter. Il y avait une trop grande différence en termes de contexte et de mentalité. Nous en avons discuté avec l’équipe et nos bailleurs de fonds et nous avons décidé ensemble de lancer un documentaire sur les méthodes de surveillance de la police politique en Tunisie.

Notre événement devait être organisé pour l’automne 2011. Il s’agissait d’un vrai défi. Comment produire un film documentaire en deux mois, en partant de rien.

J’ai lancé un appel sur Facebook et un ami, Kerim Bouzouita, m’a répondu qu’il était intéressé à le faire. Il a lui-même sollicité un de ses amis journalistes, Thameur El Mekki, pour travailler avec lui sur le projet. Le budget était réduit et le temps également.

Le film, Memory at Risk,  est basé sur des témoignages de militants. Il se décline en deux tomes. Un premier tome sur les méthodes traditionnelles de surveillance de la police politique (réalisé par Thameur El Mekki) et un deuxième tome sur la cyberpolice politique (réalisé par Kerim Bouzouita).

Kerim et Thameur ont relevé le défi et ont pu livrer le film à temps pour notre événement. Il a été projeté le 12 novembre 2011.

Suite: projet police politique (II)

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